Salamat datang (« bienvenue ») en pays Toraja 

C’est après un soupçon de voiture (6 heures) et une pincée de night bus (9 heures) que nous arrivons mardi matin à 6h à Rantepao, ville principale du Tana Toraja (pays Toraja). Samuel, notre guide, nous récupère frais comme des gardons après la douce route et la conduite souple et rassurante du chauffeur (je pense sincèrement qu’il a essayé de faire décoller ledit bus ou de le retourner dans un des 14 000 virages), et nous conduit à plusieurs guesthouses afin de négocier le meilleur prix. Nous atterrissons au Pison, pour un tarif raisonnable.

Pour les 3 ou 4 jours prévus ici, nous faisons le choix de nous faire accompagner d’un guide (le prix est assez élevé mais se négocie bien) car la culture Toraja mérite qu’on s’y penche avec attention.

Samuel, guide francophone toujours très bien habillé (I ❤️ le sarong), sera donc notre guide.

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*warning*
Cet article est long, tres long. Mais on a mis plein d’images, sinon on sait que Torajamais le courage d’aller au bout (don’t judge).
Allez, on y va pour une belle tranche de culture.
Le pays Toraja est une province de Sulawesi du sud. « Toraja » signifie « peuple d’en haut ». On est ici en altitude (environ 1 000mètres).
Les Toraja sont majoritairement catholiques et protestants, a l’inverse du reste du pays (musulman).

L’animisme est également très présent, notamment dans tous les aspects cérémoniels.

Historiquement, les Toraja sont animistes. C’est la colonisation hollandaise du pays (arrivée seulement au début du 20e siècle dans cette région) qui a apporté le christianisme (qui n’a pas pu être imposé dans le reste de Sulawesi).

Ces influences s’entremêlent harmonieusement dans la culture et les cérémonies Toraja.

Les rites funéraires sont un exemple de ce mélange.

Ici, les cérémonies funéraires et plus largement tout ce qui entoure la mort sont un pilier de la culture Toraja.

Lorsqu’une personne meurt, une cérémonie est organisée. Cette cérémonie s’échelonne sur 3 jours, durant lesquels des sacrifices de buffles et de cochons sont nécessaires (tout ce que j’aime). Les animaux sacrifiés accompagneront le défunt au paradis. Le buffle est l’animal qui permettra d’en ouvrir les portes (voire de les défoncer).

Plus le nombre de buffles sacrifiés est grand, plus vite le disparu arrivera au paradis (logique implacable).

Le buffle s’achète pour les moins chers aux alentours de 4000€.

Les plus prisés (blancs et noirs ou même albinos) peuvent atteindre les 50 000€ (buffle = Mercedes).

Du coup, une cérémonie coûte très cher. Le temps que la somme nécessaire soit réunie, souvent le corps est conservé dans la maison familiale, traité au formol et momifié (nor-mal). Pendant tout ce temps, le défunt n’est pas considéré comme mort mais seulement « malade » ou To Makula’. Sa famille lui parle, lui apporte à manger, lui fait des petits bisous, comme s’il était encore vivant.

On a eu la chance de pouvoir assister au 2ème jour d’une cérémonie (jour ou la famille accueille les gens des villages avoisinant et les proches), invités par la famille d’un homme décédé une semaine auparavant.
Samuel nous y accompagnait, et à pu nous expliquer tous les rites qui s’y sont déroulés.

J’avais un peu peur d’assister aux sacrifices, qui se déroulent sous les yeux des invités, un buffle à la fois, à la chaîne (sachant qu’il peut y avoir jusqu’à une cinquantaine de bêtes abattues, ça peut durer…). Notre guide à fait en sorte que je ne vois rien, mais il n’a pu empêcher que nous entendions les cris des cochons ligotés à des bambous, que l’on vient présenter à la famille, et qui savent très bien ce qui les attend…

Nous avons été invités à nous asseoir avec les proches et avons partagés gâteaux, thé et café (délicieux, le café Toraja est une spécialité).

Louise n’a pas été perturbée deux seconde par l’éviscération et la découpe à la machette du buffle sous nos yeux. Elle était trop occupée a éclater les gâteaux et à se faire papouiller par les invités.

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Lionel n’a pas non plus été plus traumatisé que ça, puisqu’il a tenté de gratter un bout de cochon en train de se faire griller la couenne. En tous cas par respect, même si Samuel nous a invité a le faire, nous n’avons quasiment pas pris de photos.

Plus la famille est de caste élevée (il y a 4 castes), plus le nombre de buffles sacrifiés est grand. Apres la cérémonie, vient le temps de disposer de la dépouille.
Plusieurs choix s’offrent à la famille :

La plus traditionnelle est la cavité creusée dans la roche pour recevoir le cercueil.

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Pour la caste des nobles, une statue à l’effigie du défunt (appelée Tau-Tau) est placée à son entrée.

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Apres plusieurs années, le corps est sorti, les habits sont changés et des offrandes (cigarettes, eau, café) sont disposées devant la porte de ce qui est appelée la « maison sans feu » ou « maison sans cuisine » (cela reste une maison mais dénuée d’ « activité »).

Le caveau en béton (plus moderne)

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Une autre option, le cimetière.
Pour les enfants morts avant d’avoir vu pousser leur première dent, une tombe est creusée dans un arbre (pour les pratiques les plus traditionnelles).

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Une autre tradition consiste à élever un menhir en mémoire du disparu. On les trouve essentiellement à Bori Kalimbuang. Ce sont les personnes de la caste des nobles qui en font l’objet.

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Tous ces rites peuvent paraître assez glauques vus par le prisme de notre conception de la mort (que l’on cache), mais manifestent surtout le grand respect accordé aux disparus (bon après ça reste quand même bien chelou pour les petits frenchies que nous sommes).

L’autre particularité du pays Toraja est l’architecture de ses maisons traditionnelles, et de ses greniers à riz, qui rythme les paysages de rizières peuplées de ces buffles QUI NE SE DOUTENT DE RIEN.
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Si vous en êtes arrivés à ce moment de l’article, c’est qu’il fait encore un bon temps pourri en France et/ou que vous êtes au bureau et que vous n’avez absolument pas envie de travailler.

Dans tous les cas, vous pourrez désormais briller en société avec toute cette culture autochtone.

Et pour ceux qui n’auraient pas eu le courage de tout lire (bande de flemmards), voici la vidéo sur notre séjour en pays Toraja.
https://youtu.be/ivbOo859rd8

Charlotte

3 commentaires sur « Salamat datang (« bienvenue ») en pays Toraja  »

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